La pédophilie au sein des Témoins de Jéhovah : Y a t-il un problème ?

Traduction du Témoignage de Stephanie Hammond

 

 

Si vous appreniez qu'un homme en qui vous avez confiance a agressé sexuellement votre enfant, comment vous sentiriez-vous? Que feriez-vous ?

 

La plupart des parents seraient en colère, dévastés, furieux et angoissés. De nombreux parents disent qu'ils faudrait un miracle pour les empêcher de castrer physiquement l’agresseur. D'autres appelleraient immédiatement la police et tenteraient de le mettre en prison pour le reste de sa vie. Toutes ces réactions sont compréhensibles compte tenu de la cruauté et de la répugnance d’un acte pareil. Les enfants dépendent de leurs parents pour les protéger et ces derniers sont censés venir à leur aide dans des situations aussi abominables.

 

Maintenant, que feriez vous si l’on vous dit qu'il serait mieux de ne pas appeler la police ? Que se passerait-t-il si on vous demande d’en parler d'abord à un ancien de votre congrégation et de le laisser s'en occuper ? Que se passerait-il si vous suiviez cette instruction et que vous découvriez ensuite que rien n'a été fait pour punir l’agresseur ? Et que les anciens vous disaient qu'il devrait avoir «deux témoins qui ont personnellement vu l'homme toucher votre enfant» pour qu'ils agissent ? Laisseriez-vous l'affaire disparaître ? En seriez vous capable ?

 

Le deuxième scénario peut sembler scandaleux pour la plupart des gens. Personne ne pourrait réellement faire cela ?  Est-ce que cela se produit vraiment ? Quels sont les faits ?

 

Vous pourriez être surpris d'apprendre que chaque jour plus de 8 millions de Témoins de Jéhovah suivent ce commandement. Malgré le fait qu'il y ait eu des milliers de cas d'agressions sexuelles d'enfants au sein de l'organisation des Témoins de Jéhovah, aucune politique efficace n'a encore été établie pour protéger ces enfants innocents. La réalité est que les politiques actuelles de l’organisation protègent les délinquants sexuels. 

 

Prenez en considération ma propre histoire : 

 

Le téléphone de mon bureau a sonné. J'ai regardé l'ID de l'appelant et je n'ai pas reconnu l'indicatif régional. Je me suis dit: « Je ne connais personne de cette région », mais après avoir hésité brièvement, j'ai quand même décidé de répondre au téléphone. J'ai regretté ma décision immédiatement.

 

- "Salut Stéphanie", dit-il. J’étais tétanisée. Je connaissais cette voix.

- "C’est Norman". Oui, je connaissait bel et bien cette voix. J’ai senti mon estomac se contracter.

- "Comment avez vous eu ce numéro ?", je lui demanda. Il respira un coup et dit :

- "J’ai parlé avec ta mère à l’assemblé et elle me l’a donné. J’ai eu une longue discussion avec elle et lui ai dit que j’étais désolé pour tout..", il se racla la gorge, "tout ce qui s’est passé". 

 

"Tout ce qui s’est passé ?", je me suis dit. Comme par exemple avoir profité de moi lorsque j’étais une jeune adolescente innocente et vierge ?

 

Je pouvais sentir la colère monter dans ma poitrine et mon coeur battre de plus en plus fort. Je pouvais sentir la sueur se former sur mon front et la chaleur envahir mes joues.

 

- "Alors pourquoi m’appelles tu ? Je ne comprends pas", lui dis-je sur un ton ferme. Mon corps était raide et indigné.

- "Eh bien, je voulais te présenter mes excuses.", Il fit une pause comme pour attendre une réponse. Quand il vu que je ne répondis pas il continua, "Je ne me suis pas rendu compte de la souffrance que je t’es infligé. Et tu sais, j’ai moi même des enfants…" il s’arrêta encore puis racla nerveusement sa gorge. "Et je n’aimerais pas que quelqu’un fasse ce que j’ai fait à un de mes enfants".

 

Mon esprit tremblait pendant que j'essayais de digérer ce qu'il disait. Ma mère l'a rencontré ? Elle savait bien ce que cet homme m'avait fait, et pourtant elle lui a donné mon numéro de téléphone ? Elle devait savoir qu’il avait l’intention de me contacter, mais n’a même pas pris la peine de me le dire ?

 

Après toutes ces années - après toutes la souffrance, la culpabilité et la tristesse que je portais - il a osé s’introduire dans ma vie maintenant ? J'étais furieuse.

J'ai pris une profonde inspiration et j'ai voulu retrouver mon sang-froid.

 

- "Norman, si tu m’appelles en espérant que j’efface le fait que tu te sense coupable d’avoir pris l’annonce d’une fille de 14 ans, alors désolé de te décevoir"

 

- "Je -", "Ta mère… elle m’a dit que tu n’est pas en forme spirituellement et je pensais.. tu sais… que c’est peut-être  à cause ce que j’ai fais"

 

Pendant un moment j’ai réfléchis à ce qu’il disait. Il se sentait coupable ? Cela m’était égale. Il était coupable. Et je n’éprouvais aucune pitié pour lui. 

 

J'ai senti la chaleur de ma colère monter sur mon visage à la pensée même de ma mère en train de discuter de mon peu d'implication dans sa religion avec ce pédophile. 

 

J'appuyai mes lèvres comme pour piéger la rage qui s'accumulait dans ma bouche, préparée à cracher à tout moment un flot d’injures. Je me suis assis en silence pendant un moment et j'ai laissé ma respiration se calmer pour temporairement dissiper mon indignation.

 

- "Que je sois ou pas dans l’organisation ne te concerne pas", j’ai finalement répondu. "Ce que tu as fait à détruit ma vie entière. Pas seulement mon implication dans "la vérité" comme tu le dis"

 

Il ne semblait pas affecté : «Eh bien, je voulais juste dire que je suis désolé. Ce que tu faits dépend de toi. »

 

J'ai refusé de lui permettre de voir à quel point j'étais troublé par son intrusion audacieuse dans ma vie.

 

- « Encore une fois, je n'ai rien d'autre à vous dire », ai-je répondu. Ensuite, j'ai simplement dit au revoir et j'ai raccroché.

 

Je fixais le téléphone pendant que mes pensées obscurcissaient ma vision. À cet instant, j'ai eu l'impression d'avoir à nouveau 14 ans - violé, impuissante et paralysée. 

 

J'ai repris le téléphone. Vite et furieusement, j'appuyais sur la combinaison numérique pour appeler ma mère.

Chaque bip semblait être une éternité. J'étais furieuse. Comment a-elle osé parler à cet homme, et lui avoir même donné un moyen de me joindre ? Mais à quoi pensait-elle ?

 

Elle décrocha le téléphone.

 

- «Maman», ai-je dit, et sans attendre sa réponse, j'ai continué, «dis-moi pourquoi ai-je reçu un appel de Norman. Dis-moi pourquoi tu pensais qu'il serait approprié de lui donner mes coordonnées ?! »

 

J'étais tellement furieuse que je tremblais. De quel côté était-elle ? J'aurais bientôt ma réponse.

 

- «Stéphanie, calme toi." A t-elle dit passivement: « Je l'ai vu à la dernière assemblée et il m'a approché. Il m'a dit combien il était désolé pour ce qu'il t’avais fait il y a des années de cela»

 

J'ai senti comme un coup dans mon estomac. Il s'est excusé auprès d’elle ? Elle n'était même pas là. Et quand je lui ai raconté ce qu'il m'a fait, elle n'a rien fait. Elle l’a dit aux anciens de la congrégation et m'a dit que nous devions simplement "laisser cela entre les mains de Jéhovah et qu’il s’en occupera."

 

Elle poursuivi : «L'homme que j'ai vu avant moi ce jour-là a été brisé. Il était tourmenté par ce qu'il avait fait. Je me suis senti ému et l’ai embrasser pour lui dire que je lui pardonne, et je pense que tu devrais aussi. » Sa réponse m'a rendu furieuse.

 

- "Tu quoi?!" M'écriai-je d'une voix montante. Les larmes coulaient dans mes yeux et je sentais la bile monter alors que ma gorge se serrait. «Tu l'as serré dans tes bras ? Tu as vu qu'il était "brisé" ?" J'étais étourdi de rage et de confusion. Ma voix a craqué quand j'ai répondu: « Et ta fille ? J'ai été brisé il y a quinze ans quand il m'a agressé et tu n'as rien fait ! »

 

- « Je suis allé voir les anciens, Stéphanie. C'était ta parole contre la sienne. Et tu le sais aussi bien que moi, sans deux témoins… »

 

- "Qui se soucie des anciens?" Interrompis-je. "Pourquoi n'es-tu pas allé à la police ? " Des larmes s'échappaient de mes yeux et parcouraient mes joues.

 

Elle soupira, puis apparemment agacée répondit : «Écoutes Stéphanie, nous avons fait comme Jéhovah le veut. Les anciens s'en sont occupés. Ils ne l'ont pas laissé avoir des privilèges plus dans la congrégation pendant un certain temps. Jéhovah discipline en son temps. ”

 

Après avoir raccroché, je me suis senti dégoûté et blessé. Le même jour, j’ai décidé de ne plus rien avoir à faire avec les Témoins de Jéhovah et la Watch Tower Bible and Tract Society. Bien que je n’y avais pas pensé à ce moment-là, j’ai été ensuite été reniée et rejetée par ma mère et presque toute ma famille à cause de ma décision ce jour-là.

 

J'ai été élevé dans le culte des Témoins de Jéhovah et j'ai toujours été au courant de leur politique qui disait: "Il doit y avoir deux ou trois témoins oculaires… aucune mesure ne peut être prise s'il n'y a qu'un seul témoin." (Faites paître le troupeau de Dieu" p. 73*) Ma mère m'a rappelé cette règle après que je lui ai raconté ce qui m'était arrivé. Bien que je pensais au plus profond de moi que ce n'était pas normal, je ne l'ai pas remis en question. 

Je me suis dis que ma mère savait ce qui était le mieux pour moi. Ce n'est que lorsque j'étais adulte et que j'ai vraiment commencé mes recherches que j'ai réalisé non seulement à quel point c'était mal, mais à quel point la maltraitance des enfants (émotionnelle, physique et sexuelle) était courante dans ce culte.

* "On doit disposer de deux ou trois témoins oculaires,

non pas simplement de personnes répétant

des propos rapportés (ouï-dire) ; on ne peut prendre

aucune mesure à l'encontre de quelqu'un si

l'on ne dispose que d'un témoin. —

Faites paître le troupeau de Dieu" pp. 73

"Faites paître le troupeau de Dieu" est le livre que seul les anciens ont le droit d’avoir. Il a pour but de présenter l'ensemble des règles relatives à la discipline religieuse.

Malheureusement, ce cas est loin d’être le seul des milliers de pédophiles encore aujourd’hui n’ont toujours pas été rapportés à la police. 

 

Pour plus d'informations :

http://ange-bleu.com/fr/accueil

http://www.antipedophil.fr/les-adresses-2/

©2020 by ExTJ FR.